28 septembre 2008
L'odeur
Je me shoote ce week-end. Je sniffe au maximum ce que je peux.
Celles qui me connaissent doivent avoir des sueurs froides, se dirent que le monde s'écroule. Je les rassure de ce pas. Je n'aime toujours pas les choses illicites. J'ai jamais essayé faut dire et n'en éprouve aucune envie car rien que l'odeur m'incommode fortement.
Non, ce week-end, de temps en temps, sans y réfléchir, je vais au sous-sol. C'est là que se trouve un petit meuble ayant appartenu à ma grand-mère et qui devrait rapidement trouvé place dans mon appartement. Il est joli, tout simple. Je reconnais bien là les goûts de ma grand-mère. Il est abîmé mais je m'en fiche. Je vais me renseigner pour le faire raffraîchir. Même si ça me coûte un mois de salaire, je m'en fous. Je sais désormais que 2 choses m'accompagnerot tout au long de ma vie : mon tableau et ce meuble.
Je l'ai caressé loin des regards de mes parents. Jai ouvert le petit tiroir. Je me suis souvenue de la fois où elle avait fait le même geste, pour me montrer des photos de mon grand-père que je n'ai jamais connu. J'ai souri.
En me baissant un peu pour regarder les pieds de ce petit meuble, j'ai senti l'odeur. L'odeur de son appartement. Un mélange de cire et de fleurs. Doux, léger, agréable et vivant. J'ai fermé les yeux.
J'ai dû retourner plusieurs fois au sous-sol pour le sentir de nouveau. Je ne m'en souvenais plus. Et d'ailleurs, là, en ce moment, je ne m'en souviens plus. Ca me révolte. Bien entendu, si je sentais cette odeur quelque part, je saurais que c'est celle là. Mais sinon, me la rappeler je n'y arrive pas.
Avec le temps et avec la réparation, cette odeur va disparaître. Elle n'est pas éternelle. Je ne l'oublie pas mais son souvenir s'atténue vite.
Alors, je me rappelle ma grand-mère. Non, ses traits, son visage n'ont pas disparu de ma mémoire. Si je les apelle, ils reviennent comme si elle était là, avec moi. Sa voix et son fort accent breton, sont toujours audibles à mes oreilles. Pour combien de temps ? Comme l'odeur, je sais que tout ça va s'atténuer. Malgré mes efforts pour me les représenter, malgré mon refus de ne plus me souvenir.
Le temps efface les souvenirs. Mais on n'oublie pas. Peu importe après tout si je perds sa forme, son odeur, sa voix. Je sais qui elle était, l'admiration que j'avais pour elle et la fierté d'être toujours, et même après sa mort, sa petite fille. Ca au moins, ça ne peut pas disparaître.
24 septembre 2008
Frange et mèche...
... à ne pas confondre.
T'as bien sûr compris que j'allais parler de mes cheveux. Qui a dit "encore" en soupirant ? que je lui casse la gueule virtuellement.
Le PCLL est con et chiant, je dois bien l'admettre MAIS des fois, il a un sursaut de génie. En fait, ça arrive pas souvent. C'est même la 1e fois en 25 ans.
Il y a quelques mois, alors que mes cheveux continuaient leur croissance régulière de 1,5cm par mois, j'ai senti sur ma tête comme un désappointement. Mes cheveux, même s'ils sont chiants, sont tout de même d'une importance capitale dans ma vie de femme puisqu'ils sont beaux et sont un peu ma fierté. Ca n'allait pas, le moral était assez bas.
J'ai donc pris RDV avec eux devant le miroir de ma salle de bains, notre lieu de rencontre pacifique.
"Qu'y a-t-il ? m'enquis-je immédiatement.
_ Bah regarde.
Je tente de regarder le miroir mais ne vois rien. Mes cheveux sont devant mes yeux et m'aveuglent.
_ Ca y est t'as compris le problème ? On tombe sur ta gueule comme des merdes. On ressemble à rien et en plus on est en contact direct avec ton visage de connasse et, comme on te déteste par dessous tout, c'est insupportable.
_ Je pensais que vous preniez un malin plaisir à me chatouiller et à m'aveugler...
_ Ouais, c'était drôle 5mn de te faire chier comme ça mais on se lasse vite de toi puisque, nous te le rappelons, tu es une fille inintéressante qui ne nous mérite pas.
_ Vous êtes vraiment un bande de connards
_ On a les cheveux qu'on mérite ma pauv'dame.
_ Cela dit, c'est vrai que vous me bouffer la moitié de la gueule et que vous cachez mes magnifiques yeux bleus.
_ Magnifiques, magnifiques...faut pas abuser.
_ Bien. Que faisons-nous ? Je ne vais pas vous manipuler sans votre autorisation car je sais les représailles encourues.
_ Non. Toi tu nous touches pas. Ni un coiffeur. Tu demandes à ta maman. C'est la seule personne habilitée à nous cisailler. Tu comprends, se fader une enfant comme toi, ça a dû être dur alors faut bien qu'elle trouve que compensation. C'est pourquoi elle seule a l'immense privilège de nous toucher à sa guise."
La conversation se termina ainsi, sans un au revoir.
Ma mission était bien simple. Je devais faire comprendre à Mère qu'elle devait trouver une solution pour mes cheveux de devant.
Je me lançais, un week-end en lui disant que je ne voyais même plus ce que j'avais dans mon assiette à cause de mes cheveux et que je ressemblais vraiment à un rat mouillé. Me demandez pas pourquoi rat mouillé, sur le coup, je trouvais l'image appropriée et assez alarmante pour que Mère se penche sur mon problème.
Elle me demanda alors si je voulais les couper un peu. Je répondis par l'affirmative mais je précisais avec une note d'angoisse dans la voix : ne me fais pas une frange ! Je ne veux pas. Ca va faire trop strict et déjà que je suis pas l'amabilité incarnée, je vais faire encore plus dure. Faut que ça fasse naturel, genre tu m'as coupé pas les cheveux, tu vois ce que je veux dire ? Un silence puis une proposition : je peux les couper par mèches à différents niveaux et en biais, comme ça ça fera un dégradé. L'idée était bonne mais est-ce que la réalité ne serait pas un désastre ? J'ai confié mon destin et surtout ma beauté légendaire à ma mère. Elle me demanda de garder mes lunettes pour pouvoir ne pas couper trop court par rapport à mon regard. Elle s'appliqua dans un silence divin et au bout de 5mn je pouvais constater le résultat devant la glace. J'avais une petite boule au ventre, une peur stupide. Quand je me vis, je me suis dit : ce que t'es bonne comme meuf quand même ! Encore plus jolie qu'avant, mais comment cela est-ce possible ?
Oui, oui, la prétention ne me quittera jamais et en même temps j'ai envie de vous dire qu'on est jamais mieux servi que par soi-même.
Depuis, régulièrement, mère coupe mes mèches. Cela ne ressemble en rien à une frange. J'ai été complimentée sur cette coiffure par la terre entière et depuis je m'aime encore plus qu'avant.
Je vous laisse, mon désir de moi est trop fort.
18 septembre 2008
Des petits pigeons
N'étant pas au bord de la mer, les seuls volatiles que je peux contempler de mon balcon ce sont des pigeons. Des pigeons parisiens. La précision est de taille car ces derniers sont moches, ne ressemblent à rien, sont d'une couleur indéfinissable. Cela dit, ce soir en les regardant à travers ma fumée de cigarette, j'ai eu une infinie tendresse pour eux. Ils étaient plusieurs à se serrer les uns contre les autres. Des petites boules de plumes qui avaient l'air si fragiles. On aurait dit qu'ils se serraient de près pour se protéger, être plus forts, attendre que le temps passe ensemble.
En les observant, j'ai pensé à moi et mes amies. Je me suis dit qu'on était un peu comme ces petits pigeons même si nous, nous ne sommes pas laides. Je me suis dit aussi que nous avions toutes traversé des moments difficiles mais nous les avons traversés ensemble.
Souvent, je pense que c'est pas donné à tout le monde d'avoir des amies comme ça, d'être un petit groupe toujours présent, à l'écoute pour la personne qui en a besoin. En ce moment, on a tous besoin de soutien, de réconfort, les épreuves se succèdent. C'est un peu la roue de l'infortune. T'as vu, mon sens de l'humour avec les jeux de mots pourris je ne l'ai pas perdu. J'ai hâte que nous fassions comme ces petits pigeons qui s'envolent avec légèreté sans but précis et qui oublient tous les obstacles et incertitudes qui les attendent.
Bon, je vais arrêter de fantasmer sur la vie d'un pigeon. Y'a mieux comme réincarnation animale. Je vais me coucher, fermer les yeux et rêver que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Oui, cette nuit je vais pas me jouer actrice porno, ça me changera, je vais incarner Candide. Hmm, ça me donne trop envie. Je vous laisse, je n'y tiens plus.
11 septembre 2008
A lire puisque je vous le dis !
Heureusement que y’a les livres pour relever un peu le niveau de ce blog. Que ferais-je sans la Culture, je vous le demande. J’aurais déjà pas choisi un métier mal payé. Certes, mais là n’est pas la question, d’ailleurs faut pas que je me la pose cette question car sinon je vais finir par chialer.
Alors de quel livre parlons-nous ici ? Laissez-moi en paix, j’aime bien m’auto-poser des questions pour introduire mes propos.
Il s’agit de Leur histoire de Dominique Mainard. Ca change de Moby Dick. Déjà, c’est plus court, ça se lit très vite.
C’est le récit d’une mère et de sa fille qui ne parle pas. Elle n’est pas muette, non, mais elle ne sort pas un mot de sa bouche. Tu suis leur vie, tu découvres leurs blessures, les souvenirs heureux qui appartiennent au passé et rendent nostalgiques. Tu vois une femme un peu perdue, qui a peur de la vie, de se laisser aller et qui se raccroche à sa fille qu’elle adore et comprend sans mot. Tu découvres une petite fille qui devine les tristesses de sa mère et qui en est troublée. Tu demandes laquelle des deux protège le plus l’autre.
C’est très bien écrit, dans un style épuré. En fait, c’est posé avec beaucoup de délicatesse et c’est ce qui fait toute la force de ce livre. J’ai rarement été aussi attendrie à la lecture d’un ouvrage. L’histoire s’écoule au fil des pages avec de la tendresse, de la finesse et beaucoup d’amour, tellement d’amour que cela en est palpable. C’est vraiment une lecture plaisir qui te fait du bien au cœur.
Allez, tu me fais confiance pour mes goûts littéraires et tu cours acheter ce livre. Tu ne le regretteras pas, je te l’assure.
Rendons au petit boulet, ce qui appartient au petit boulet, ce livre m’a été prêté par Naboo qui, avec le temps, devient de plus en plus ma référence culturelle. Enfin, faut bien qu’elle serve à quelque chose si elle veut rester mon amie.
03 septembre 2008
Loyauté
Quel mot !
Limite si ça me fout pas direct la pression d'écrire ça. On n'est pas sur le blog de "j'adore mon Robert mais je préfère Larousse" alors, je vais m'abstenir de donner la définition de ce terme.
Ce qui est sûr c'est que la loyauté c'est pas facile de la rencontrer. Rester fidèle à quelqu'un, à quelque chose, ne pas lâcher, ne pas enfoncer, ne rien dire.
Je crois que les gens loyaux, tu peux les voir très rapidement au boulot. Pas que, bien entendu. Mais dans le monde impitoyable du travail tu repères de suite ceux qui disent "on" et pas "je", ceux qui te citent pour bien souligner ton implication dans le dossier, ceux qui ferment leur gueule quand tu te confies sur tous les collègues qui t'emmerdent profondément.
Le boulot c'est très pratique pour cerner les gens, tu fais le tri très rapidement : les handicapés du travail, les dépressifs, les pervers, les stupides, les commères, les chiants, les angoissés, les connards. Tu peux mettre au féminin ces qualificatifs. Les femmes ne sont pas mieux que les hommes.
Dans tout ce lot d'inutiles et d'incapables tu as les autres qui sont en minorité : les sérieux, les organisés, les spirituels, les gentils, les souriants, les dynamiques, les drôles.
Tu peux mettre ça au féminin aussi, les femmes ne sont pas pires que les hommes.
Mais il y a une espèce à part. La pire. Les infidèles. Les langues de pute. Les hypocrites. Ils te font mal, eux, quand tu les entends parler d'une collègue qui est devenue ton amie. Tu aurais envie de les attendre à la sortie du boulot pour leur casser la gueule mais t'as plus 10 ans. Alors tu la fermes, tu tentes quand même de nuancer les propos.
"Comment ! Elle est en arrêt maladie d'une semaine ! mais déjà, y'a 6 mois, elle s'était arrêtée. Non, c'est plus possible. Faut qu'elle se reprenne, qu'elle pense à sa carrière. C'est facile de déprimer, mais faudrait qu'elle pense au boulot quand même. Ca peut plus continuer comme ça. Elle doit avoir des soucis dans sa vie. Ouais ! J'ai eu son mari au téléphone. Il a pas l'air aimable. Je suis sûre qu'il fout rien à la maison. Et ses gosses ! Elle est crevée, ils doivent l'épuiser. Elle pourrait les mettre dans un centre de loisirs le mercredi quand même pour ne s'occuper que d'elle."
Putain. Entendre autant de conneries en 5 minutes c'est à peine croyable. Je serre les dents, je serre les poings. Tu n'as pas le droit de poser un genou à terre de temps en temps ? C'est interdit de traverser des périodes de doutes ? Tu ne peux pas délaisser ta carrière car tu as envie d'autre chose même si tu ne sais pas ce que tu souhaites et c'est justement là tout le problème dans ta tête ? Visiblement, non, tu ne dois pas te remettre en question et surtout il ne faut pas laisser ses collègues faire ton travail. L'humanité a ses limites. C'est bien quand ça fait chier personne mais si ça demande un peu de don de soi, ce n'est plus possible. On fait des suppositions sur ta vie. Bien sûr, le management n'est jamais remis en cause, ni le travail confié. Ce n'est pas ça, c'est impossible.
Le plus dégueulasse c'est d'écouter les soi-disant amis critiquer et t'expliquer au long en large et de travers ce qu'il faudrait qu'elle fasse pour aller mieux. Et vas-y que je critique sa personnalité, sa vie, sa famille, son caractère. T'as même l'impression qu'ils vivent avec tellement ils se permettent une incursion imaginaire dans sa vie. Ca dégoûte. Du moment que nous ne vivons pas avec les personnes nous ne pouvons pas savoir exactement ce qu'ils traversent, qu'elles en sont les causes et comment se sentent-ils vraiment.
Ne supportant plus tout ça, j'ai appelé ma collègue que j'aime et qui elle, est loyale et ne baverait jamais ainsi sur une amie. Elle m'a dit ce que les autres lui disaient au téléphone. Il n'était que question de travail, d'avenir de carrière et de la culpabiliser sur son absence. Nous avons échangé quelques mots : la salooooooope ! Mais quelle pute ! Oh qu'elle est conne !
Au final, le plus important c'est la santé et le mental. Tant que ces 2 choses là n'iront pas, ce n'est pas la peine de s'emmerder au boulot.
Des creux dans la vie, il y en a. Chacun à sa manière d'y faire face. Certains ont plus de facilité à rester debout. La dernière chose dont on a besoin dans ces moments c'est des commentaires de personnes cruelles, bêtes, égoïstes.
Ce soir, je hais les gens, je déteste mon espèce. Dans les milliards que nous sommes, très peu sont humains.
NE JAMAIS FAIRE D'ENFANTS. JAMAIS. JAMAIS. JAMAIS.
