28 mai 2009
Ne pas juger
J'ai entendu des ragots, des rumeurs. Je n'y ai pas prêté attention au début. J'ai même combattu ce que je croyais être des divagations. "N'importe quoi !", "ça ne veut rien dire !" Puis, avec le temps, en constatant que plusieurs personnes différentes qui ne se côtoyaient pas me disaient la même chose, j'ai fini par douter.
J'ai donc observé, sans trop y croire. Je trouvais toujours des raisons pour tout expliquer. Enfin, il fut un jour où j'ai dû me rendre à l'évidence. Tout était vrai. J'ai été surprise évidemment. Elle, mère de famille, si aimante envers son mari (du moins c'était l'impression qu'elle donnait), si fragile aussi, ce n'était pas possible qu'elle arrive à gérer un amant. Je croyais qu'elle n'en avait pas la force ni l'énergie. Mais si. Elle l'a fait, elle le fait. Une double vie depuis 2 ans. Ses proches savent et ses collègues se doutent, en fait ils ne doutent plus, ils en sont persuadés. Son mari est au courant.
Bien. Qu'est-ce que j'en ai à foutre ? Ca ne change rien. Non, ce n'est pas une salope. Elle aime son mari et ses enfants. Elle aime aussi son amant. Bien entendu, comme ça, on se dit qu'elle doit faire un choix. C'est facile de déclarer cette évidence mais je suppose que c'est plus complexe que cela, qu'en le vivant, ce choix est impossible.
J'ai été obligée de lui en parler. De cela, je me suis dégoûtée. J'ai longtemps tergiversé avec moi-même. Qui étais-je pour lui balancer sa liaison dans la gueule ? Puis, elle ne s'est pas confiée à moi. A d'autres oui, pas les meilleurs d'ailleurs, mais à moi non. Alors, j'estimais que je n'avais pas l'autorisation de m'immiscer dans son histoire privée. Seulement je sentais la distance que j'installais dans notre relation. Je sentais que j'étais à 2 doigts de la rayer de mon existence. Pas parce qu'elle avait un amant mais parce que quand elle me parlait de sa vie en pensant que j'ignorais tout, je me demandais si elle ne me prenait pas pour une conne en me cachant certaines choses, en occultant certains événements.
Je n'ai pas voulu l'exclure de ma vie. J'ai réfléchi et je me suis dit que c'était sans doute aux personnes que tu aimes le plus que tu caches les choses car voir la désapprobation, la condamnation de tes actes dans les yeux de ceux que tu aimes, ça doit être difficile à supporter. Oui, mais comment a-t-elle pu imaginer que je faisais partie de ces gens qui condamnent ceux qu'ils aiment ?
Bref, j'ai décidé de lui dire car, en plus de sentir que ce silence nous éloignait, j'entendais les allusions, les moqueries, les quolibets (joli ce mot, je suis contente de le caser). Je ne pouvais pas prendre sa défense. A quoi bon ? Mais je voyais qu'elle ne se doutait de rien, ne voyait pas la médisance. Et ça, je ne pouvais plus le supporter. Je me suis mise à sa place, j'aurais aimé être alertée. Je lui ai donc parlé. Les bras croisés pour empêcher mes mains de trembler. Non, j'étais pas fière. J'ai eu du mal à la regarder en face. J'avais l'impression de dépasser les limites qu'elle avait fixées.
Je lui ai dit "j'entends dire des choses. Ca te concerne." Je n'ai pas eu le temps de poursuivre car elle m'a demandé "tu veux une confirmation ?" Là, je l'ai regardée en face. Mon ton fût doux, enfin je crois. "Non, je ne te demande rien. Que tu me dises ou non, ce n'est pas pour ça que je t'en parle. Je veux que tu saches que les gens parlent et je préfère te le dire même si j'en ai pas envie. Je ne veux pas que ça se retourne contre toi, qu'ils s'en servent pour te faire mal". Elle a compris, a souri. Soulagée j'étais et elle aussi. Elle m'a raconté. Sa dépression, ses consultations depuis un an...Elle m'a demandé ce que j'en pensais. C'est sorti tout seul "que tu sois heureuse comme tu peux, enfin si c'est possible". Sa réponse "bah non, c'est ça le problème, je peux pas être heureuse". Bien entendu. Moi de poursuivre, me retrouvant, nous retrouvant : "et ça va à la maison, ton mari il te fait pas trop chier ?" Elle a ri, m'a dit merci de le prendre comme ça. Nous avons parlé. Sourire aux lèvres. Tout est redevenu comme avant, enfin presque.
Il y a mon orgueil. Oui, je sais, il a rien à faire dans cette histoire mais il s'invite pourtant et gueule. Je suis blessée. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi elle n'est pas venue chercher mon oreille pour y délivrer ses secrets. De ça aussi, il faudra que je lui parle, pour définitivement renouer notre lien. Je me doute bien de ses raisons. Il y en a 2 : la peur de mon jugement, de mon incompréhension et aussi le fait que j'ai 25 ans, que je n'ai jamais vécu en couple et que je n'ai jamais trompé. Mon "expérience" ne lui aurait été d'aucune utilité. Je n'ose pas imaginer la 3e option : le manque de confiance en moi. Non. Elle me connaît mieux que ça quand même !
Ce qui est surprenant aussi dans cette histoire c'est ma phrase "et ça va à la maison, ton mari il te fait pas trop chier ?" Si elle avait été à la place de son mari, j'aurais sans doute dit : quel salaud ! J'aurais eu de la compassion pour elle. Là, j'en ai pas pour son mari. J'aimerais pas être à sa place, certes, mais je ne me soucie pas de sa souffrance, je n'y pense même pas. Tout ce qui m'importe c'est elle. Son bonheur, son bien-être. Ca doit être ça l'amitié : ne pas juger et toujours soutenir l'autre même si dans l'histoire et aux yeux des gens, il est coupable.
La vie est quand même compliquée des fois. Bon, je vais descendre une canette de coca pour méditer sur cette dernière phrase.
Commentaires
Ouais.Pas toujours simple de rester l'amie qui aime sans juger sans entrer ensuite dans des phases de reflexion hardue...
Je dirai même mieux, la vie est toujours trop compliquée.....
Greenouille > pourquoi 2 "e" dans ton pseudo ? C'est pas facile de pas d'éviter les réflexions existentielles mais bon, ça fait grandir je crois.
Pucca > Ouais c'est trop ça ! J'aimerais qu'elle soit plus simple des fois, que tout se fasse bien comme il faut mais faut pas rêver.
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Deux "e" pour le "green" écolo, pour que ça fasse pas juste grEnouille comme l'animal verdâtre qui sent la vase et qui bouffe des mouches..et parce que ça fait parler les curieuses ^^
Un jour je vous raconterai peut-être F30. Peut-être j'ai dit !
Greenouille > Ah enfin je comprends ! Y'a de l'anglais la-dedans mais je ne vais pas t'en vouloir, t'as de la chance car la grenouille elle est pas super sexy !
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